Les Chandelles : le temple parisien du libertinage ← Le Magazine
Rue Thérèse, à deux pas de l'Opéra — l'histoire d'un club, et de la femme qui l'a créé à vingt-six ans.
Publié le 17 juillet 2026
Il est des adresses dont on parle à voix basse. Des lieux dont la réputation traverse les générations sans jamais s'afficher. Des établissements où l'on entre discrètement, mais dont on ressort avec le sentiment d'avoir découvert une facette cachée de Paris.
Les Chandelles font partie de ceux-là.
Depuis plus de trente ans, derrière une façade presque anonyme de la rue Thérèse, à quelques mètres seulement de l'Opéra Garnier, ce club privé accueille une clientèle venue chercher bien davantage qu'un simple lieu de rencontres. On y vient pour une atmosphère, un état d'esprit, une certaine idée du raffinement français où la liberté, l'élégance et le respect ont toujours constitué les véritables règles de la maison.
Un lieu devenu mythique, indissociable de celle qui lui a donné son âme : Valérie Hervo.
1993 : une femme de vingt-six ans ouvre son club
L'histoire des Chandelles ne commence pas par un héritage. Elle ne commence pas non plus par le rachat d'un établissement existant, ni par une longue carrière dans la nuit parisienne.
Elle commence par une femme de vingt-six ans qui décide d'ouvrir son propre club.
Nous sommes en 1993. La capitale n'a pas encore connu l'explosion des clubs dédiés à l'échangisme et au libertinage, qui viendra au début des années 2000. Le terrain est presque vierge. Peu d'établissements osent alors proposer un univers où la sensualité rime avec l'élégance.
Valérie Hervo fait immédiatement un choix audacieux : privilégier la qualité à la quantité.
Ici, pas de néons agressifs ni d'ambiance de discothèque. Les lumières sont tamisées, les salons rappellent davantage les appartements bourgeois du Paris du XIXe siècle que les clubs de nuit traditionnels. Les matières sont nobles, les conversations feutrées, et la tenue vestimentaire participe à l'identité du lieu.
Les Chandelles ne veulent pas seulement accueillir une clientèle libertine.
Le club entend créer un espace où le désir peut s'exprimer avec intelligence, respect et discrétion.
Cette philosophie deviendra sa signature.
Derrière l'élégance, une enfance brisée
Peu imaginent alors que cette jeune dirigeante va transformer un club confidentiel en véritable référence internationale du libertinage chic.
Et peu savent ce qu'il y a derrière son assurance.
Valérie Hervo a grandi avec une enfance brisée. Une enfance difficile, marquée par la violence et par le silence — celui d'une parole d'enfant que personne n'a voulu entendre. Elle en a longtemps porté le poids seule, avant d'en faire, des années plus tard, le sujet d'un livre. Ce récit lui appartient, et elle le raconte mieux que quiconque : nous n'entrerons pas dans son intimité.
Ce qui nous intéresse ici, c'est ce qu'elle en a fait.
Là où beaucoup auraient sombré, elle choisit une autre voie.
Créer.
Créer un lieu où les rapports entre les femmes et les hommes reposeraient enfin sur le consentement, le respect et le plaisir partagé.
Créer un endroit où la femme ne serait jamais un objet, mais l'élément central d'un univers pensé pour célébrer sa liberté.
Les Chandelles ne sont pas nées d'un calcul commercial. Elles sont nées de cette ambition-là. C'est probablement ce qui explique qu'elles aient traversé trente ans sans jamais ressembler à leurs concurrentes.
Plus qu'un club : une philosophie
Sous l'impulsion de sa fondatrice, Les Chandelles deviennent rapidement bien plus qu'un établissement libertin.
Chaque détail est pensé. La sélection à l'entrée. Le dress code. La qualité de l'accueil. La confidentialité absolue. Le respect du consentement.
Tout participe à créer une atmosphère où chacun peut évoluer librement sans jamais craindre le regard des autres.
La règle d'or est simple, et elle n'a jamais bougé : ni noms, ni photos. Les téléphones restent à l'entrée. Rien de ce qui se passe dans la maison n'en sort.
Cette exigence distingue rapidement le club de nombreux établissements européens. Il attire une clientèle cosmopolite venue du monde entier : hommes d'affaires, artistes, personnalités médiatiques, diplomates, couples anonymes ou habitués de longue date s'y croisent dans une même discrétion.
Les identités restent derrière les portes du club.
C'est précisément ce silence qui nourrit depuis trente ans la légende des Chandelles.
Le rendez-vous du Tout-Paris libertin
Très vite, le bouche-à-oreille fait son œuvre.
Les Chandelles deviennent l'adresse que l'on recommande sans jamais vraiment la dévoiler.
Dans les années 2000, alors que les clubs libertins se multiplient dans la capitale — puis disparaissent pour beaucoup d'entre eux —, l'établissement traverse les modes sans perdre son identité.
On ne vient pas aux Chandelles uniquement pour vivre une expérience libertine.
On vient retrouver une atmosphère. Une élégance. Une manière de vivre la sensualité où la séduction précède toujours le désir.
Cette fidélité à ses valeurs explique sans doute pourquoi plusieurs générations de visiteurs continuent aujourd'hui encore de franchir ses portes.
Une vision différente du libertinage
Pendant longtemps, le libertinage a souffert de nombreux clichés.
Valérie Hervo n'a cessé de défendre une autre vision.
Pour elle, le libertinage n'est ni une transgression permanente ni une accumulation d'expériences.
C'est avant tout une liberté choisie. Une rencontre entre adultes consentants. Un espace où chacun fixe ses propres limites.
Cette conception a largement contribué à faire des Chandelles le club où l'élégance l'emporte toujours sur l'excès. Le respect des femmes, leur sécurité et leur liberté de décision y sont devenus des principes fondateurs.
Une philosophie directement issue du parcours personnel de sa fondatrice — devenue, depuis, psychanalyste corporelle et sexothérapeute.
Une institution parisienne
Aujourd'hui, rares sont les établissements nocturnes qui peuvent revendiquer une telle longévité.
Depuis 1993, Les Chandelles ont vu défiler plusieurs générations, accompagné les évolutions des mentalités et traversé les grandes transformations de la nuit parisienne sans jamais renier leur identité.
Loin des effets de mode, le club reste fidèle à ce qui a construit sa réputation : la discrétion, le raffinement, le respect, et cette capacité unique à faire cohabiter anonymes et personnalités dans une même recherche de liberté.
C'est sans doute cette constance qui en fait bien davantage qu'un club.
Un morceau de l'histoire des nuits parisiennes.
Pour aller plus loin
Valérie Hervo revient sur son parcours, son enfance, sa reconstruction et les coulisses des Chandelles dans son ouvrage Les dessous des Chandelles — Une femme en quête de liberté, publié aux éditions Le Cherche Midi.
Stéphanie C — 17 juillet 2026
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